Cette année-là, avec quelques animateurs linguistiques d’ABCzaam, nous participions au salon de l’éducation à Salzinnes près de de Namur. C’était juste l’année avant que le salon ne parte s’organiser sur Charleroi. Je pense que nous étions en 2012, si je ne m’abuse.

Au bout d’une des allées, nous avions un chouette « stand » coincé entre une association pour jeunes haut potentiels et une organisation pour enseignants souhaitant partir travailler à l’étranger. L’ambiance était très conviviale, très bon enfant. Derrière notre stand se trouvait l’entrée d’une des salles de conférence et nous regrettions, chaque jour, de ne pas nous y être inscrits comme intervenants.

Bref, les journées se déroulaient tranquillement à distribuer des flyers, à expliquer notre travail aux curieux, à faire connaître ABCzaam, lorsque, début de l’après-midi du deuxième ou troisième jour, une de nos collaboratrices fut prise à partie par une dame survoltée qui lui reprochait, apparemment, quelque chose... Je m’approchai rapidement pour venir au secours de l’animatrice et tenter de comprendre ce que voulait cette dame.

Elle parlait fort, très fort même ; c’était assez gênant dans l’ambiance feutrée du salon et ses propos étaient à peu de choses près les suivants : « Je sais qui vous êtes ! Vos stages de langue,… C’est une arnaque. Vous offrez des stages en immersion à l’étranger pour que les jeunes deviennent soi-disant bilingues. J’ai moi-même offert un stage à mon enfant qui m’a couté très cher. Plus de six mille euros et elle est revenue de là avec rien, vous entendez ! Avec rien ! Nada ! Elle a parlé tout le temps français là-bas.

En posant quelques questions, j’appris qu’il s’agissait de sa fille de 17 ans, que celle-ci revenait des États-Unis. Mais je ne pus pas placer beaucoup plus de questions entre ses interventions, la dame était trop excitée.

Aujourd’hui, quelques années plus tard, j’aurais probablement d’abord cherché à calmer cette dame, en veillant à reconnaître la justesse de son propos, en lui disant : « Je vous comprends tout à fait, vous avez raison, vous avez vécu un véritable scandale. Tout cela est bien triste.... Sachez que vous n’êtes pas la seule … » Cela m’aurait peut-être permis, dans un premier temps, de la calmer… Au lieu de ça, j’essayai, tout en lui posant des questions, certes, de défendre les principes d’ABCzaam, je lui disais : « Nous ne travaillons pas comme cela, nous sommes différents, cela ne coûte pas autant, etc ». Bref, peine perdue.

Donc, toujours en colère, arrivée à l’angle de notre stand, la dame ne prit même pas la peine de m’écouter plus longuement et bifurqua, convaincue que nous méritions un tel procès, vers une autre allée tout en continuant de pester sur « ces fameux stages de langue en immersion qui ne sont que des arnaques ». La scène qui laissa un grand froid devant notre stand s’était probablement étalée sur moins d’une minute; mais que d’émotions, quel pub, quel bazar surtout ! Inoubliable !

Je trouve évidemment le comportement de cette dame déplacé et indécent; mais, honnêtement, je le trouve aussi sensé que celui des dizaines de parents qui m’ont dit, ayant vécu la même situation qu’elle (c’est-à-dire donner beaucoup d’argent pour un résultat dérisoire en langue dans un pays lointain (2)) : « Ma foi, ça a été une belle expérience de vie pour notre enfant… » Franchement, plus de 6.000 euros juste pour une expérience de vie. Je ne suis pas convaincu de l’intérêt. J’ai même connu certains parents économiser jusqu’à ce que leur enfant ait 17, 18 ans pour offrir ce type de voyage, persuadés que l’enfant reviendrait de l’autre côté de la planète, parfaitement bilingue.

A ABCzaam, il y a 99 % de chance d’être en immersion complète et obligatoire et pour une somme qui avoisine les 700 euros pour 11 jours.  

Alors, oui, si je n’ai jamais oublié cette anecdote, c’est qu’elle m’est toujours un peu restée sur l’estomac. Franchement, n’est-ce pas le comble de la misère ou n’est-ce pas comique que de se voir enguirlander par une dame qui vous accuse exactement du contraire de ce que vous passez votre temps à faire ?

(1) « Apprendre le néerlandais », c’est énervant, cela ne sert à rien, c’est difficile, fastidieux, cela demande beaucoup d’effort et cela n’a aucun sens. « Devenir bilingue en néerlandais », c’est amusant, facile, cela a du sens, c’est utile, c’est génial, c’est motivant et cela a du sens. Au début de chacun des stages d’ABCzaam, nous prenons le temps d’expliquer aux jeunes qu’ils ne sont pas là pour « apprendre le néerlandais » mais pour s’amuser, manger, rencontrer des personnes, rire, chanter, dessiner, faire du sport, bref, « vivre en néerlandais ».  

(2) Je confirme tout de même que j’ai eu aussi quelques témoignages positifs de parents satisfaits. Je dirais dans une proportion de 1 heureux pour 5 « déçus ». Si vous avez été déçu ou satisfait, faites connaître votre expérience même anonymement ci-dessous. C’est le principe d’un forum.

Quelques conseils

N’attendez pas que votre enfant ait 17 ans pour commencer à faire en sorte qu’il devienne bilingue : 11, 12 ou 13 ans est un bon âge pour commencer son expérience en immersion.

Ce n’est pas parce que son enfant va à 20.000 km de chez lui qu’il apprendra mieux, plus vite et, surtout, qu’il ne sera pas en contact avec des francophones. Je rappelle que le français était la langue diplomatique jusqu’au début du XXème siècle et que, par conséquent, il y a partout dans le monde des lycées, des écoles, des amis de la langue française et même « l’Alliance française ». Puis, rappelons aussi que, quel que soit l’organisme par lequel vous passez, il y aura probablement, d’autres organismes qui enverront d'autres jeunes francophones au même endroit.

Le jeune, laissé à lui-même quelque part dans un monde qu’il ne connait pas, cherchera toujours à se faire des amis et, cela, si possible, dans sa langue maternelle… N’oublions pas aussi que certains anglophones seront enchantés de pratiquer « leur français ».

Généralement, un budget de moins de 2.500 euros (4 stages d’été à ABCzaam) suffit largement pour faire  en sorte que son enfant obtienne un niveau B2 (cadre européen) et, je rappelle aussi que faire en sorte que votre enfant soit bilingue est un investissement sur son avenir. En effet, la possibilité de trouver du travail, particulièrement en Belgique, et d’obtenir un salaire plus avantageux, sont facilités pour des personnes qui maîtrisent plusieurs langues. Précisons aussi, que ce n’est pas parce que c’est un investissement, justement, qu’il faut se croire obligé de payer des sommes astronomiques.

Enfin, il est certainement possible d’offrir à son enfant une chouette expérience de vie, même à vingt mille kilomètres d’ici, sans devoir dépenser plus de 2.000 euros.